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Les palais de mémoire ne sont pas là pour remplacer l’apprentissage “normal”, mais plutôt pour le faciliter, l’accélérer et le rendre plus amusant. Ils ne sont bien sûr pas toujours nécessaires. L’apprentissage devrait d’abord se faire par l’application réfléchie de notre attention, par des associations directes, par la logique, par la compréhension et par notre mémoire naturelle. L’une des meilleures façons de favoriser ce type d’apprentissage consiste à, une fois que les fondements ont été saisis, fermer ses livres et tenter d’expliquer, à soi-même ou idéalement à quelqu’un d’autre, dans sa tête ou préférablement à voix haute ou à l’écrit, ce que nous venons d’apprendre (voir les sections sur le "active recall" et sur la méthode Richard Feynmann de la section "Réviser efficacement" de ce site). Pour ce qui est plus difficile à retenir, ce qui peut être beaucoup ou bien peu de choses selon l’individu et selon le sujet, les palais de mémoire et les techniques de mémorisation peuvent alors apporter une aide inestimable.

Il y a mille et une façons de créer et de gérer ses palais de mémoire, je vous présente ici celle que je vous recommande pour commencer. À vous de la transformer comme bon vous semble selon vos besoins. Je recommande de vous choisir au moins deux ou trois lieux que vous connaissez bien, disons votre appartement, votre lieu de travail ou d'étude et un autre lieu avec lequel vous êtes familier. Ces deux ou trois lieux pourront vous servir soit à l'entrainement, soit à l'entreposage d'informations temporaires, c'est-à-dire d'informations que vous souhaitez retenir un moment, mais pas toute votre vie. Personnellement, j'utilise ce genre de palais surtout pour l'entrainement (en ce qui me concerne, surtout des listes de mots aléatoires, des chiffres et des cartes à jouer), mais aussi par exemple pour temporairement retenir une adresse, un numéro de téléphone, une longue liste de choses à faire ou encore une dizaine d'informations apprises lors de l'écoute d'un podcast que je souhaite garder en tête un moment en attendant de les noter dans un fichier Word en revenant chez moi quelques heures plus tard. Dès que l'information ne m'est plus utile, je cesse d'accorder de l'attention aux images et je peux réutiliser le même palais pour d'autres choses dès le lendemain. Personnellement, comme la vitesse de mémorisation est plus importante lors de l'entrainement et pendant la vie de tous les jours, je préfère conserver mes meilleurs palais (ceux que je connais dans les moindres détails) à ces fins. Voir la section "Créer un palais pour l'entrainement" pour voir comment je suggère de procéder. Il n'est pas absolument nécessaire de s'adonner à ce type d'entrainement, mais sachez que cette pratique apporte son lot de bénéfices, dont le fait d'être plus rapide et à l'aise quand vient le temps de s'attaquer à une tâche plus complexe comme l'étude pour un examen difficile. 

Pour ce que vous souhaitez retenir de façon permanente, mieux vaut se limiter à un seul sujet par palais de mémoire. On construit alors de nouveaux palais de mémoire à mesure que l'on souhaite accumuler de nouvelles connaissances. Il est possible de mémoriser deux ou trois séries d’images dans un même palais de mémoire et de retenir ces deux ou trois parcours simultanément (le mnémoniste américain Ron White est un partisan de cette façon de faire), mais à mon avis il est préférable d’utiliser des endroits différents pour éviter les risques de confusion. Il y a une infinité de palais que l'on peut choisir d'utiliser, nul besoin de vous limiter artificiellement à votre appartement. Je peux utiliser plus ou moins n'importe quoi: un commerce, une rue, un parc, une église, l'appartement d'une connaissance, un endroit que j'ai visité une seule fois en voyage, un tableau de jeu vidéo, la photo d'un endroit prise sur Internet, n'importe quoi. Notez par contre que je vais me limiter aux sections des endroits en question qui me semblent mémorables. Si j'utilise une école secondaire par exemple, je ne vais surtout pas tenter de placer des images dans toutes les classes et sur tous les bureaux. Votre souvenir du lieu n'a pas besoin d'être impeccable pour que vous puissiez l'utiliser, il peut être très flou et à moitié erroné. Vous pouvez même en reconstruire une version partiellement fictive dans votre tête en ignorant les parties les moins intéressantes ou en y ajoutant deux ou trois glissades d'eau, fontaines ou foyers. Cela peut éventuellement être une bonne idée de prendre une heure pour faire la liste de tous les lieux que vous connaissez. Vous devriez normalement être capable d'en trouver près d'une centaine, voir beaucoup plus. Si vous craignez (à tort) de manquer de palais, la visite de ce site absolument extraordinaire devrait vous rassurer. Franchement, ce site est une véritable mine d'or pour construire des palais de mémoire. Même chose pour Google Map et Google Street View. Ces palais virtuels ne sont pas aussi idéaux que les endroits avec lesquels nous sommes déjà particulièrement familiers, mais ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils ne le deviennent.

Ces palais, je vais les remplir en partie (rarement en totalité) avec des images correspondant à ce que je souhaite retenir. Les images n'ont pas besoin d'être très clairement visualisées, il suffit bien souvent d'avoir une vague idée de ce qui se déroule dans les différents coins de la pièce ou du lieu. Le processus de création d'images et de mnémoniques est un art pour lequel il est difficile de fournir des instructions précises et détaillées. Pour les chiffres et les mots aléatoires, il y a une méthode qui fonctionne avec tous ceux et celles qui se donnent la peine de la mettre en pratique (voir les sections du site qui traite de ces sujets). Pour l'étude de la pharmacologie et d'autres sujets complexes, il faut apprendre à s'ajuster aux circonstances. Dans tous les cas, ne perdez pas trop de temps à tenter de construire les mnémoniques idéaux. On trouve parfois quelque chose qui correspond presque parfaitement à ce que l’on souhaite retenir, mais ce ne sera pas toujours le cas. Mieux vaut alors utiliser une mauvaise image plutôt que de perdre son temps à tenter d’en trouver une parfaite. Avec un peu plus de concentration et de révisions, des images imparfaites et incomplètes peuvent elles aussi nous permettre de réactiver notre mémoire du mot ou du concept recherché. Utilisez autant de détails et d'images que nécessaire, mais pas plus. Une seule image peut être parfois être suffisante pour réactiver notre souvenir d'une dizaine de concepts que nous connaissons déjà plutôt bien. En d'autres cas, il faut parfois deux ou trois images pour un seul mot difficile. Savoir quels sont vos besoins en ce sens est une question à laquelle vous pourrez répondre en procédant par essais et erreurs. Autant que possible, faites interagir vos images avec l'environnement et les unes avec les autres. Faire interagir une image avec une autre permet bien souvent de les renforcer mutuellement. Cela aide aussi de porter attention à l'aspect narratif et d'inventer des raisons ridicules qui "expliquent" pourquoi toutes ces absurdités ont lieu.  Une fois que le palais de mémoire a été créé, il faut ensuite le réviser selon les principes de la répétition espacée (voir la section "réviser efficacement"). Ce n'est pas absolument essentiel, mais je recommande de se créer un document contenant les informations mémorisées avec d'extrêmement brèves description des mnémoniques qui ont été utilisés pour les retenir. Ce document vous sera utile si jamais vous négligez de réviser correctement (très mauvaise habitude) et devez tout réapprendre.

La structure du palais et la façon dont vous choisissez d'y placer vos images peuvent vous aider à organiser l'information. Par exemple, les informations liées à un thème peuvent être placées dans une section particulière du palais, et celles liées à un thème connexe peuvent être placées dans une section adjacente. Si l'information à retenir peut facilement être présentée sous forme de liste, personnellement je placerais les images un peu de la même façon que si je retenais une liste de mots aléatoires dans un palais d'entrainement. Vous pourriez vous inspirer de l'exercice des premiers ministres du Québec qui se trouve sur ce site. Cependant, ne perdez pas trop de temps à réfléchir à la façon idéale d'organiser tout cela. Le perfectionnisme est l'ennemi de l'efficacité. 

Ne faites pas l'erreur de débutant consistant à placer une seule image par pièce. Ne faites pas non plus l'erreur inverse en surchargeant un lieu étroit avec une tonne de détails. Si une seule image vous sert à retenir plus de 3 éléments d'information, les chances sont fortes pour que certains éléments vous échappent. Placez entre 2 et 10 images par pièces en les disposant d'une façon qui vous semble logique. Choisissez des stations qui sont quelque peu différentes les unes des autres. Vous pouvez utiliser une fenêtre dans un pièce et une autre fenêtre dans une autre pièce, mais évitez d'utiliser dix chaises toutes situées autour de la même table. Pour la trajectoire en emprunter, vous pouvez improviser d'une fois à l'autre. Je peux procéder normalement dans le sens des aiguilles d'une montre dans une pièce, puis pour la pièce suivante décider de commencer au plafond, tomber sur le divan, ramper sous la table avant sauter sur un mur d'une façon qui n'a de sens que dans ma tête. Si cela rend la navigation plus facile (en évitant de devoir passer deux fois au même endroit par exemple), je peux à l'occasion me permettre de défoncer un mur, un plafond ou un plancher. Je peux aussi voler d'endroit à l'autre, ou même utiliser quelques portails de téléportation placés de façon stratégique.

Les images que vous placez quelque part n'ont pas besoin d'être immuables. Vous les modifier plus tard pour les rendre plus mémorable ou encore pour rajouter de nouveaux détails que vous souhaitez retenir. Si vous avez placé des images liées à l'histoire de la crise des années 30 dans la partie gauche de l'appartement de votre collègue et souhaitez maintenant enrichir vos connaissances sur le sujet, rien ne vous empêche de revenir rajouter de nouvelles images dans la même section. Si cette section du palais est déjà un peu encombrée, plusieurs options s'offrent à vous. Vous pouvez placer des images miniatures dans certains recoins inutilisés. Vous pouvez rajouter une extension imaginaire à la pièce, un trou au plancher ou au plafond, une ville miniature flottant au milieu d'une tasse de café, un portail interdimensionnel caché sous le tapis, peu importe. Plus facile encore que toutes ces options, vous pouvez tout simplement placer ces nouvelles informations dans une autre pièce ou même dans un autre palais de mémoire. Vous pouvez avoir des informations sur la crise des années 30 placées dans trois ou quatre palais différents. Si vous avez bien révisé les palais en question, les différentes informations vont vous revenir en tête quand vous en aurez besoin.

Lorsque je crée de nouveaux palais, j'aime bien parfois prendre certaines sections en photos et les insérer dans un fichier power-point en utilisant la fonction "insert multiple pictures to multiple slides". Je peux même rajouter sur les photos des chiffres qui correspondent aux différentes stations. Je peux faire la même chose avec les palais qui sont visités virtuellement en ligne. Pour ce faire, il suffit de réaliser une série de captures d'écran à l'aide de l'outil "snipping tool" ou "capture d'écran" qui devrait déjà être présent sur votre ordinateur (sinon vous pouvez télécharger un outil équivalent). Avant de m'attaquer à la mémorisation, j'aime prendre le temps de planifier un peu la façon dont je vais structurer les informations. Cette façon de faire m'amuse, mais sachez cependant que ce n'est pas la plus rapide et la plus efficace. Une approche plus simple qui est recommandée par le champion du monde Alex Mullen consiste à éviter presque toute la phase de planification et de procéder de façon beaucoup plus improvisée. Au lieu de visualiser à l'avance l'ensemble du palais, de choisir l'ordre dans lequel il sera parcouru et les différentes stations qui seront utilisées, Mullen se contente de simplement choisir le palais, souvent un endroit qu'il n'a pas visité depuis des années et dont le souvenir est particulièrement vague, et de commencer à y placer des images en les ordonnant plus ou moins selon les thèmes. Au besoin, plusieurs sections du palais en question peuvent être ignorées ou devenir partiellement fictives. Cette façon de faire permet de sauver beaucoup de temps. 

Mise en garde: ne tentez pas de systématiquement tout mémoriser. À moins que votre examen ne soit basé que sur le par cœur, misez autant que possible sur la compréhension et réservez les images et les palais de mémoire pour les informations qui sont difficiles à retenir. Plus de détails encore une fois dans la section "réviser efficacement". Pour plus d'informations, je vous suggère d'explorer le site de l’actuel champion du monde: http://mullenmemory.com/ . Les sites artofmemory.com et memory-sports.com sont aussi disponibles pour vous offrir beaucoup plus d'informations que nécessaire. Si vous préférez utiliser des sites en français, j'ai fait la liste des meilleurs dans la section "ressources en ligne".